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Les dirigeants autochtones suivent l'audit sur le bureau des langues

durée 16h31
2 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Les locuteurs de langues autochtones et les dirigeants politiques sont déçus d'apprendre qu'un bureau phare dédié aux langues autochtones fait l'objet d'une enquête après que le gouvernement fédéral a reçu des plaintes anonymes.

Le ministère du Patrimoine canadien a ordonné un audit financier des transactions et des activités du Bureau du commissaire aux langues autochtones, a rapporté La Presse Canadienne plus tôt cette semaine.

Le ministère n'a pas donné de détails sur les allégations spécifiques portées contre le bureau, un organisme indépendant créé il y a cinq ans en réponse à une recommandation de la Commission de vérité et réconciliation.

Le ministère a mandaté un cabinet tiers indépendant pour mener l'audit et en avoir informé le commissaire Ronald Ignace.

Une locutrice de langue autochtone a mentionné qu’une partie du problème avec des organisations comme le bureau du commissaire réside dans le fait qu’elles sont responsables devant le gouvernement fédéral, et non devant les peuples autochtones.

«En fin de compte, elles sont mandatées par le gouvernement fédéral», a mentionné Dawnis Kennedy, professeure adjointe en justice pénale à l’Université de Winnipeg, originaire de la Première Nation Anishinabe de Roseau River.

«L'ensemble du système dont ils sont affectés a été mis en place précisément pour ne pas avoir à rendre de comptes aux peuples autochtones, aux cultures autochtones, aux langues autochtones. Je pense que c'est problématique», a-t-elle souligné.

Des questions sur les coûts

La Commission de vérité et réconciliation, qui a examiné l’histoire et l’héritage des pensionnats autochtones, a appelé à la création d’un poste de commissaire aux langues autochtones dans son rapport final de 2015.

L'adoption de la Loi sur les langues autochtones en 2019 a ouvert la voie, deux ans plus tard, à la création du Bureau du commissaire aux langues autochtones.

Celui-ci a reçu son financement par l’intermédiaire de Patrimoine canadien. Une partie du mandat du bureau consiste à soutenir les efforts des peuples autochtones pour récupérer, revitaliser, maintenir et renforcer leurs langues.

Patrimoine canadien a accordé au bureau une entente de financement pluriannuel de 51,6 millions $ lors de son ouverture en 2021. Le ministère a ensuite conclu avec le bureau une entente de financement quinquennale pour la période 2024-2029, d’une valeur de 16,3 millions $.

Il a également accordé une subvention de 172,3 millions $ sur dix ans, valable jusqu’en 2034. Cette subvention est destinée à soutenir la recherche, les activités opérationnelles et les études sur les langues autochtones.

Mme Kennedy a avancé que les décisions de financement devraient être prises à condition qu'elles bénéficient du soutien des dirigeants autochtones de terrain, afin de garantir que l'argent serve réellement à soutenir les efforts de revitalisation et la formation des locuteurs de première et de deuxième langue.

Mme Kennedy a ajouté qu’elle craignait également que la couverture médiatique des allégations de détournement de fonds ne donne au gouvernement fédéral une excuse pour réduire le financement indispensable aux programmes de langues autochtones.

Le bureau a été critiqué pour avoir dépensé 10 millions $ sur deux ans afin d’organiser et de tenir WAVES 2025, un sommet de quatre jours sur les langues qui s’est tenu à Ottawa l’année dernière.

Plus de 2000 personnes venues d’une vingtaine de pays y ont participé.

Le commissaire Ronald Ignace est fier du travail accompli pour mettre en place le bureau. Son bureau a cité parmi ses réussites la conférence et un documentaire d’une heure qu’il a produit, mettant en vedette des artistes autochtones se produisant dans leur langue maternelle.

Le bureau n’est pas en mesure de financer des initiatives linguistiques ou des infrastructures. Il peut toutefois soutenir des projets novateurs et l’utilisation de nouvelles technologies dans l’enseignement et la revitalisation des langues autochtones.

Les responsables de Patrimoine canadien ont été interrogés lundi devant le Comité des comptes publics de la Chambre des communes au sujet des coûts. Ils ont déclaré que la commission fonctionnait de manière indépendante et qu'ils n'étaient pas au courant des décisions quotidiennes en matière de dépenses.

Le député conservateur Billy Morin a qualifié ces allégations de décevantes.

«Nos langues sont menacées d’extinction, tout comme beaucoup d’autres choses, notamment notre identité, et je ne vois pas en quoi cela aide d’une quelconque manière», a avancé l’ancien chef du pays crie d’Enoch à La Presse Canadienne.

Il a mentionné qu’il souhaitait que le gouvernement fédéral assure un meilleur suivi des dépenses et des résultats, et qu’il s’inspire des communautés locales pour déterminer les besoins de celles-ci.

«C'est au gouvernement qu'incombe la responsabilité», a-t-il précisé.

Pas assez d'efforts

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba s’est dit déçu par le manque d’efforts de «renforcement des relations» de la part de la commission au cours des cinq dernières années.

«Comment travaillons-nous ensemble pour assurer la préservation des langues que nous essayons de protéger ? J’aurais adoré avoir des dialogues de ce type avec cet organisme ou cette entité, mais cela ne s’est jamais produit», a fait savoir David Chartrand lors d’une entrevue.

La fédération représente plus de 60 000 Métis de la rivière Rouge. Le michif, une langue métisse issue d’un mélange de crie, d’ojibwé et de français, est la deuxième langue autochtone la plus parlée chez les Métis, après le crie.

Les données de Statistique Canada indiquent qu’en 2021, 1485 Métis ont déclaré être capables de tenir une conversation en michif.

La fédération finance des projets visant à revitaliser et à protéger la langue michif et organise un sommet sur la langue michif en août.

Lors de la conférence WAVES, M. Chartrand a souligné que le bureau n’avait pas consulté la fédération pour savoir quels locuteurs et aînés du michif seraient les mieux placés pour y participer.

Il a indiqué que son gouvernement avait choisi d’envoyer ses propres représentants et avait déboursé une somme «substantielle» pour ce faire, sans toutefois préciser le montant.

Apprendre que le coût de la conférence de quatre jours s’élevait à 10 millions $ a été une «véritable révélation», selon M. Chartrand.

Il a ajouté qu’il était impatient de voir ce que l’audit financier allait révéler.

M. Chartrand a précisé qu’il soutenait toujours la création d’un bureau des langues autochtones, mais que celui-ci devait suivre une politique d’inclusion, et non d’exclusion.

«Je pense qu’ils ont fait de leur mieux, mais il est clair que le navire a perdu le cap et a pris une autre direction», a-t-il indiqué.

Alessia Passafiume et Brittany Hobson, La Presse Canadienne