Nous joindre
National

Ottawa n'envisage pas d'assouplir la réglementation sur les sachets de nicotine

Ottawa n'envisage pas d'assouplir la réglementation sur les sachets de nicotine
Photo: La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — La ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, affirme qu'elle n'envisage pas de modifier la réglementation limitant la vente de sachets de nicotine, tandis que les associations de lutte contre le tabagisme estiment que le gouvernement doit en faire plus pour éradiquer le marché illicite.

Santé Canada autorise un «petit nombre» de sachets de nicotine sans tabac comme thérapie de remplacement de la nicotine, seulement chez les adultes. Leur vente à des fins récréatives est interdite et ils doivent être conservés derrière le comptoir des pharmacies.

Une seule marque a été autorisée à la vente depuis 2024: Zonnic, fabriquée par Imperial Tobacco, est vendue en sachets de quatre milligrammes et les arômes sont limités afin de réduire l'attrait auprès des jeunes.

Dans des campagnes publicitaires et de lobbying, Unsmoke Canada — qui fait partie de Rothmans, Benson & Hedges, la filiale canadienne de Philip Morris International — exhorte le gouvernement fédéral à autoriser la vente de ces sachets dans les commerces de détail, à l’instar des cigarettes, afin de lutter contre le marché illicite.

Mardi, la ministre Michel a fermé la porte à cette idée: «Ce n’est pas une option que j’envisage», a-t-elle affirmé.

La ministre a reconnu que le marché illicite constitue un problème. Des sachets de marques telles que Zyn, de Philip Morris, font leur apparition au Canada et des études montrent qu’ils parviennent jusqu’aux jeunes malgré la réglementation en vigueur.

Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, estime que les mesures de contrôle ne sont pas suffisamment strictes pour endiguer les ventes illicites, qui ont lieu aussi bien en ligne qu'en magasin.

«Quels que soient les défis posés par le marché illicite, il y a beaucoup à faire pour contrer les ventes illégales, à commencer par l’imposition d’amendes dissuasives aux contrevenants», a-t-elle soutenu dans un communiqué.

À son avis, l’incapacité à faire respecter correctement les règles en vigueur place le gouvernement dans une situation très délicate et ouvre la voie à un affaiblissement de la réglementation.

Cela crée un discours dont l’industrie tire parti, a-t-elle souligné, ajoutant qu'il est inquiétant que les efforts de lobbying de l’industrie du tabac aient atteint le cabinet du premier ministre.

En hausse chez les jeunes

Il y a deux semaines, le «National Post» a rapporté que le gouvernement libéral était ouvert à l’idée d’assouplir la réglementation, après que des lobbyistes du secteur des dépanneurs eurent rencontré le chef de cabinet du premier ministre Mark Carney et d’autres hauts responsables.

De la pression vient également des banquettes de l'opposition, alors que les conservateurs de Pierre Poilievre s'étaient engagés à «légaliser le Zyn» lors de la campagne électorale de 2025.

En mars dernier, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a écrit à M. Carney pour faire valoir que les restrictions constituaient des obstacles pour les adultes souhaitant arrêter de fumer et que la réglementation avait favorisé l’essor du marché noir.

Dans un communiqué commun, l'association Médecins pour un Canada sans fumée, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et le groupe Action on Smoking & Health ont noté que des études montrent que la consommation de sachets de nicotine est en hausse chez les jeunes.

Ils ont prévenu que le fait d’autoriser leur vente plus ouvertement rendrait ce produit plus facilement accessible aux jeunes.

Défi particulier

De son côté, la ministre Michel a admis que mettre fin aux ventes en ligne constituait un défi particulier.

«Je ne peux pas affirmer, en tant que ministre de la Santé, que je suis en mesure de suivre chaque paquet sur le marché illicite. Ce serait tout à fait irresponsable de ma part de dire cela», a-t-elle déclaré.

Mme Michel a expliqué que son ministère privilégie une approche de santé publique consistant à éduquer la population afin de l’aider à prendre «la meilleure décision pour sa santé».

Selon la directrice générale des Médecins pour un Canada sans fumée, Cynthia Callard, il n’est pas surprenant que les grandes entreprises de tabac souhaitent autoriser la vente dans les magasins de détail.

S'il fut un temps où les fumeurs ne fumaient que des cigarettes pour obtenir leur nicotine, nous sommes aujourd'hui dans une situation où ils utilisent différents produits à différents moments de la journée, a-t-elle expliqué.

Mme Callard appelle le gouvernement à résister aux demandes des groupes de pression. À son avis, le pays a besoin d’une stratégie en matière de nicotine qui tient compte de l’utilisation des cigarettes électroniques et des sachets de tabac et qui prévoit une répression efficace des ventes illicites.

Sarah Ritchie, La Presse Canadienne