Entrevue avec Marie-Michèle Ricard, psychoéducatrice et psychothérapeute
On peut composer avec les commentaires sur le poids pendant les Fêtes
Les rassemblements des fêtes de fin d'année sont encore propices à la réception de commentaires sur le poids et l'apparence. Si ces propos ont des effets néfastes, la personne qui les reçoit a malgré tout en son pouvoir d'y répondre, indique une experte.
Marie-Michèle Ricard, psychoéducatrice et psychothérapeute, a été ambassadrice de la campagne de sensibilisation «Le poids? Sans commentaire! Mais pas sans réponse...» de l'organisme Équilibre, qui s'est déroulée au début du mois de décembre.
À l'approche des Fêtes, qui sont souvent passées entre amis et en famille, Mme Ricard soutient que chaque personne a le pouvoir de réagir si elle est visée par des propos au sujet de son poids ou de son apparence.
«Ce qui est inacceptable dans cette situation-là, c'est le commentaire et non pas mon corps. Ça, c'est la différence», rappelle-t-elle.
La psychothérapeute indique qu'il n'y a pas qu'une seule façon de réagir. Une personne pourrait choisir de répondre de façon très directe, en affirmant qu'elle ne veut pas parler de son poids. Une autre pourrait réorienter la discussion, tandis que, dans une fête en grand groupe, il est aussi possible de simplement changer de pièce, par exemple.
«Ce qu'on essaie de transmettre comme message, c'est: soyons flexibles dans cette façon de réagir», dit Mme Ricard.
«Ce qui est important quand même, c'est d'aller voir à l'intérieur de moi, et de dire: "Je n’ai pas aimé ça, ce commentaire. Moi, ça m'a dérangé. Je n'ai pas à recevoir un commentaire comme ça"», ajoute-t-elle.
Après la sensibilisation faite dans les dernières années, pourquoi reçoit-on encore des commentaires sur le poids? Mme Ricard explique que ces paroles sont devenues la norme, pouvant même être qualifiées de «small talk» (conversation superficielle).
«Quand je parle de normes, c'est que ça fait partie de toutes les conversations. Mais, en même temps, ce que les recherches démontrent, c'est qu'on n'est pas bien. La grande majorité de la population n'est pas bien dans ces conversations-là, c'est-à-dire qu'il y a quand même un malaise à entretenir ces conversations, ces commentaires sur le poids», indique-t-elle.
En effet, Mme Ricard précise que les commentaires sur l'apparence ne sont pas seulement négatifs pour la personne qui les reçoit, mais aussi pour la personne qui les énonce et sur celle qui en est témoin. On peut observer des effets néfastes chez ces trois personnes.
«On parle d'une augmentation de l'insatisfaction corporelle, une augmentation de la honte corporelle qui est excessivement difficile à vivre, une augmentation de la comparaison sociale basée sur l'apparence, énumère-t-elle. Tout ça va nous amener dans une augmentation de l'internalisation des fameux standards de beauté.»
«Ces commentaires, si l'on revient à la base, c'est ce qui nous entretient là-dedans. Donc, tant et aussi longtemps qu'on va maintenir des conversations sur le poids, des commentaires sur le poids, c’est comme si l'on était pris, on est comme piégés en tant que société», fait valoir la psychothérapeute.
Mme Ricard ajoute qu'il est particulièrement important de protéger les enfants des commentaires sur le poids.
«Les commentaires en général sur le poids devraient être cessés, mais assurément en lien avec les enfants, sur les enfants, c'est inacceptable. On doit protéger nos enfants. Les enfants, leur corps est en développement, va être en développement encore longtemps. Le corps change, le corps vieillit. C'est le cas pour toute la population.»
Être à l'écoute de soi
La période des Fêtes peut déclencher une panoplie d'émotions, notamment par rapport au poids et à l'apparence. Mme Ricard souligne qu'il est d'abord important de reconnaître, pour certaines personnes, que cette portion de l'année pourrait être difficile.
«Quand on prend conscience de ça au départ, on est déjà plus bienveillant à notre égard, de partir avec cette douceur», indique-t-elle.
La spécialiste affirme qu'il faut être à l'écoute de ses besoins, en se demandant, notamment, si on a besoin de se retirer dans le salon ou de faire une marche dehors pendant un rassemblement. Une personne pourrait aussi choisir de partir plus tôt d'une soirée, ou de limiter le nombre d'activités festives.
«Il y a beaucoup de stimulations dans les grandes festivités. Et c'est correct de prendre un moment pour soi.»
Coralie Laplante, La Presse Canadienne
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