Rappelle une études
Les bienfaits de l'exercice physique face à un cancer
La pratique d'une activité physique structurée chez les patients atteints d'un cancer est associée à une amélioration de la survie et à une réduction du risque de récidive, allant donc bien au-delà des soins de soutien et des traitements symptomatiques, rapporte une nouvelle méta-analyse taïwanaise.
Ces résultats s'inscrivent dans le cadre d'un «changement de paradigme» survenu depuis une quinzaine d'années, a commenté la professeure Celena Scheede-Bergdahl, du département de kinésiologie et d'activité physique de l'Université McGill.
«On prend de plus en plus conscience que les gens doivent réellement bouger et qu’ils doivent se préparer à une intervention chirurgicale, à un traitement ou à une rééducation, a-t-elle dit. Et si on se laisse aller et qu’on perd sa condition physique, on entre dans un cercle vicieux et on finit par avoir davantage de problèmes de santé que si, disons, on avait fait de l’exercice.»
De plus en plus de médecins et de messages diffusés au sein du système hospitalier encouragent donc l’exercice et l’activité physique chez les patients atteints d’un cancer, ajoute-t-elle.
La méta-analyse a calculé que la pratique d'une activité physique structurée pouvait réduire de 23 % le risque de mortalité toutes causes confondues chez les patients ayant survécu à un cancer.
«Notre méta-analyse apporte des preuves directes et chiffrées suggérant que les bienfaits d'une activité physique structurée pourraient s'étendre au-delà des soins de soutien pour concerner des résultats traditionnellement associés aux interventions thérapeutiques», disent les chercheurs.
Les auteurs de l'étude rapportent que les analyses par sous-groupes «ont mis en évidence des bénéfices en termes de survie pour les interventions d'entraînement aérobie et combinées (aérobie et résistance), tandis que l'entraînement de résistance seul n'a pas montré d'effet significatif».
Ils soulignent toutefois qu'on manque de données scientifiques qui permettraient de véritablement quantifier l'impact de l'entraînement de résistance, et que d'autres études sur le sujet sont requises.
Les chercheurs taïwanais ont constaté, probablement sans grande surprise, que l'adhérence des participants à leur programme d'exercice avait un impact majeur sur les bienfaits qu'ils en retiraient.
Ils rappellent en conséquence que, si l'activité physique doit être considérée comme un complément thérapeutique plutôt que comme un soin de soutien facultatif, «les interventions doivent être conçues de manière à maintenir la participation tout au long du traitement, grâce à une progression adaptée aux symptômes, à une supervision étroite et à des stratégies comportementales qui favorisent l'observance et la fidélité à l'intervention».
«On constate que l'activité physique réduit effectivement le risque de certains cancers, a dit la professeure Scheede-Bergdahl. C'est le cas, par exemple, du cancer de la prostate, du cancer colorectal et du cancer du sein. Et plus on étudie ces différents types de cancers, plus on se rend compte à quel point l'activité physique est importante pour prévenir la réapparition du cancer ou pour éviter qu'il ne se développe en premier lieu.»
Différents mécanismes sous-tendent possiblement les bienfaits de l'activité physique dans un contexte de cancer, poursuivent les chercheurs, notamment une meilleure activité immunitaire anti-tumorale; une amélioration de la pénétration des médicaments dans la tumeur; et un effet sur des hormones sexuelles comme l'œstrogène et l'androgène.
«La compétition métabolique est un autre mécanisme clé: l'exercice physique augmente l'absorption et l'oxydation du glucose dans les muscles squelettiques, limitant ainsi la disponibilité du glucose pour les cellules tumorales», ajoutent les auteurs de l'étude.
Ce changement métabolique, poursuivent-ils, «limite le métabolisme de la tumeur et ralentit sa progression».
«L'activité physique stimule également la production d'enzymes de réparation de l'ADN, ce qui réduit la charge mutationnelle et l'agressivité de la tumeur. De plus, les myokines libérées pendant l'effort exercent des effets antitumoraux directs et modulent le métabolisme systémique», écrivent les chercheurs.
À un autre niveau, a dit la professeure Scheede-Bergdahl, la pratique d'une activité physique permet aux patients qui combattent un cancer de reprendre un certain contrôle sur leur vie.
Ces patients, a-t-elle rappelé, n'ont pas choisi d'avoir un cancer, ils ne choisissent pas les médecins qui vont les traiter et ils n'ont pas vraiment leur mot à dire quant aux traitements qu'ils subiront.
«Quand on parle d'activité physique, c'est justement l'un des aspects sur lesquels ils ont une certaine marge de manœuvre: quel type d'activité physique est-ce que j'aime pratiquer? Est-ce que je veux y aller à 17 heures ou à 19 heures? Est-ce que je veux emmener mon partenaire avec moi? Est-ce que je veux promener mon chien? Est-ce que je veux aller à la salle de sport? Et parfois, cette implication dans leur protocole de traitement est extrêmement importante, car nous leur avons donné la possibilité de dire: 'J’aime faire ça. Je veux faire ça. Et quand est-ce que je vais le faire?'», a expliqué la professeure Scheede-Bergdahl.
Cela pourra entraîner un rétablissement plus rapide des patients et une reprise plus hâtive de leurs activités quotidiennes, a-t-elle ajouté. Ils pourront aussi se sentir moins fatigués, ce qui leur évitera d'être aspirés dans une spirale «où la fatigue engendre la fatigue, qui engendre à son tour la fatigue».
«Mais si l’on parvient à briser ce cercle vicieux, en allant se promener, par exemple, on se vide l’esprit, on retrouve un peu d’énergie, et on se dit: Quelle belle journée! On voit des gens, on échange, on peut oublier où l’on se trouve. Physiquement et mentalement, cela fait des merveilles», a conclu la professeure Scheede-Bergdahl.
Les conclusions de cette méta-analyse ont été publiées par le British Journal of Sports Medicine.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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