Incursion dans l’univers du canal de Chambly
À mon arrivée, le richissime « Azimut » et le tout aussi resplendissant « Joneldy » attendaient patiemment de pouvoir traverser en se laissant bercer doucement. « Bienvenue dans mon bureau ! », lance joyeusement le maître-éclusier, Michel Lévesque, en pointant le bassin de Chambly et les écluses numéro 1, 2 et 3. Pour un avant-midi, le Journal a plongé dans l’univers du canal de Chambly.
Première étape : débarrer le site et sortir le matériel requis pour la journée; cordes et bouées de sauvetage.
À 8 h 15, déjà deux bateaux attendent sur le bassin à l’entrée de l’écluse numéro 1 et deux autres de l’autre côté, sur le canal. D’après vous, lesquels passeront en premier ? « On commence toujours par les bateaux montants (sur le bassin). Ceux en amont (sur le canal), sont amarrés au quai, qui est très populaire en raison des restaurants et des activités proches », explique M. Lévesque, qui cumule plus de 19 ans d’expérience.
Pendant la haute saison (de la Saint-Jean-Baptiste à la Fête du travail), les éclusiers font traverser les bateaux à la demande. Dans une grosse journée, ceux-ci peuvent voir passer jusqu’à 60 embarcations entre 8 h 30 et 18 h 30 ! Toutefois, ce chiffre était beaucoup plus imposant il y a quelques années. « À mes débuts en 1993, on avait passé un record de 110 bateaux en une journée. Dans ce temps-là, les embarcations étaient plus petites avec une moyenne de 7, 6 mètres (25 pieds). Aujourd’hui, elle est au-dessus de 11 mètres (35 pieds) », souligne le responsable. D’ailleurs, les deux bateaux qui flottent devant moi sont respectivement de 15 mètres (50 pieds) et 11 mètres (35 pieds). Le maximum accepté est de 29 mètres (95 pieds) de long et de 6,5 mètres de large (21 pieds).
M. Lévesque communique alors avec les maîtres-éclusiers des autres stations pour les avertir de l’arrivée prochaine des deux embarcations. « Nous utilisons un système de communication pour savoir qui s’en vient et qui s’en va. À quelques hauteurs, ce n’est pas assez large pour que deux bateaux se croisent, on doit alors en retenir certains », indique-t-il.
Une fois les portes ouvertes de l’écluse numéro 1, les éclusiers lancent des cordes aux deux bateaux afin qu’ils se tiennent à l’avant et à l’arrière. Ils s’assurent du coup que les embarcations sont attachées de façon sécuritaire et que les passagers sont au courant que l’éclusage commence. Après que les portes de l’écluse numéro 1 aient été refermées, l’eau s’infiltre lentement afin de ne pas bousculer le duo et de les laisser contre les parois de l’écluse. « Ce qu’il a de particulier à l’écluse numéro 1, ce c’est qu’il y a des vannes de terre en plus des vannes de porte. Les premières servent à dévier l’eau », continue l’expert. À l’aide d’une sorte de moulinet, deux éclusiers font ouvrir les portes de l’écluse numéro 2, après s’être assurés qu’il y avait assez d’eau pour ne pas que les bateaux accrochent le fond. Et c’est reparti pour le même manège !
Une fois les embarcations bien installées dans l’écluse numéro 3, Kristine, une maître-éclusière, fait descendre les barrières sur le pont pour avertir que celui-ci s’ouvrira sous peu. Une cloche fait aussi du bruit pour signaler le tout.
Arrivés sur le canal en direction du Lac Champlain, l’ « Azimut » et le « Joneldy » doivent naviguer à une vitesse maximale de 10 km/heure et faire bien attention à leurs vagues. « S’ils font trop de vagues, ils doivent ralentir leur vitesse. Il faut préserver les berges et la faune présente », justifie M. Lévesque.
D’ici quatre heures, les deux devraient avoir terminé leur périple.
Un canal bien spécial
En 19 ans, M. Lévesque a travaillé à plusieurs canaux et celui de Chambly reste son favori puisqu’il a conservé son aspect historique. « Un monsieur de 70 ans m’a dit il y a quelques années que son père travaillait ici à l’époque. Il m’a dit : je te regarde et tu fais la même job ! », raconte M. Lévesque
Le maître-éclusier a aussi été en poste à toutes les neuf écluses du cours d’eau et les cinq ponts. « Chacun des éclusiers va défendre son point, rigole-t-il. Mais, ici, c’est le meilleur spot. Regardez le panorama ! »
« Chaque endroit a sa particularité. Mais ici, c’est dur à battre », conclut Kristine, qui depuis neuf ans, apprécie de travailler à l’extérieur, physiquement, et de rencontrer plusieurs vacanciers le sourire aux lèvres.
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