Citoyens en colère
Des résidents du district de la Petite Rivière, à Chambly, regrettent aujourd'hui avoir acheté une demeure aux abords du futur parc des Patriotes. Au lieu du gazon et des fleurs qu'ils s'étaient imaginé, ils pourraient bientôt voir pousser, à quelques mètres à peine de leur maison, une unité de 14 condos locatifs de trois étages et demie.
Jean-François De Blois demeure sur le boulevard Lebel. Sa maison est la dernière d'une série d'unifamiliales. Après, ce sont des terrains vagues. « Je me suis fait réveiller, un moment donné, parce que des gens parlaient en bas de chez moi et j'entendais des pelles. Il y avait des personnes sur mon terrain. Quand j'ai demandé ce qu'ils allaient faire, ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas le dire. Que c'était un secret. »
Après quelques coups de fil, l'homme de 40 ans a appris que le terrain adjacent au sien avait été vendu par la Ville au Groupe Gagnon Rioux, qui compte y bâtir une unité de logements. « C'est un 14 logements, sur trois étages et demie. Ça va dépasser ma maison. Et ici, ça va être le stationnement », précise-t-il, en pointant une partie de terrain non loin de sa haie de cèdres.
M. De Blois, qui œuvre dans le secteur de la construction, affirme avoir été choqué d'apprendre que ce qui devait au début être un parc allait devenir un immeuble résidentiel. « Quand j'ai fait posé ma haie, j'ai voulu agrandir un peu mon terrain et je m'étais informé au service d'urbanisme, à la Ville. On m'a dit que je ne pourrais pas l'acheter, parce qu'il y avait un projet de parc », soutient-il. « J'ai donc continué d'investir dans ma maison. J'ai commandé mes matériaux pour qu'on se fasse une petite cuisine dehors. J'ai tout changé ma cuisine et les fenêtres en fonction de la vue sur le parc. »
Aujourd'hui, Jean-François De Blois ne voit plus son quartier du même œil. « On pensait être tranquilles. Là, les balcons des condos vont arriver directement sur les cours des gens. Mon voisin vient juste de se faire creuser sa piscine ! », lance-t-il, en hochant la tête. « Je travaille à mon compte. Mon fonds de pension, mis à part ce que je me mets moi-même de côté, c'est ça. C'est ma maison. Ce n'est pas pareil vendre une maison avec vue sur le parc ou une maison avec vue sur un mur de briques et un stationnement ! »
Passé sous le radar
Le 5 février dernier, lors de l'assemblée ordinaire du conseil municipal, la Ville a accepté de vendre ses terrains au Groupe Gagnon Rioux. « Les promoteurs ont fait une offre d'achat et ont présenté un projet de développement résidentiel. Le rôle du département d'urbanisme, c'est de voir si le projet respecte les normes et si c'est légal. Après, quand il y a une modification de zonage, on le soumet à l'approbation des citoyens », explique le maire de Chambly Denis Lavoie.
Comme les promoteurs avaient présenté un projet impliquant la construction d'une habitation de 14 unités, les conseillers ont dû voter un changement de zonage pour le terrain affecté. Ce qui a été fait le 5 mars. « Au départ, l'endroit était zoné unifamilial. On a augmenté la volumétrie pour que ça devienne multifamilial. On a donc invité les citoyens à se prononcer. Mais ils n'ont pas signé le registre. Ils sont restés silencieux. Par définition, quand le processus est terminé, c'est trop tard », précise M. Lavoie.
On m'a dit que ça pourrait prendre trois mois. Je sais comment ça marche. C'est possible d'en arriver à une entente qui convient aux deux parties. Jean-François De Blois
Le plan de zonage de la Ville de Chambly a donc été modifié, ce jour-là, pour permettre que la zone appartenant au Groupe Gagnon Rioux puisse accueillir un 14 unités. Un avis public avait au préalable été publié dans les journaux locaux afin d'informer la population de ce changement. « Les gens ne les lisent pas. C'est normal, c'est ardu, ce n'est pas très intéressant. Mais c'est comme ça. Que les gens soient choqués, c'est correct. Mais ils ont une certaine responsabilité de venir nous dire ce qu'ils en pensent », croit le maire Denis Lavoie. Jean-François De Blois avoue ne pas avoir lu l'avis public en question. « Entre vous et moi, personne ne les lit. Mais le conseiller de notre propre district, qui vit juste à côté, aurait pu prendre le temps de nous aviser de ce qui se passait », dénonce-t-il.
Le règlement 93-02-215A, qui officialise le changement de zonage, précise que l'agrandissement de la zone appartenant aux promoteurs est fait « à même la zone 5PB-46 (parcs et espaces verts), ainsi réduite ». Le maire de Chambly, Denis Lavoie, soutient toutefois qu'il n'y avait pas de projet précis pour ce terrain, bien qu'il faisait partie de la zone du futur parc des Patriotes. « Le parc des Patriotes, c'est une très grosse zone. Il faut comprendre que plus un projet avance, plus on en connaît les détails. Un moment donné, on a su qu'il y aurait une école à tel endroit. Ce qui a laissé des lots libres entre les maisons unifamiliales et l'école. »
Jean-François De Blois insiste pour dire qu'on lui a indiqué que l'endroit faisait partie des plans du parc des Patriotes. « J'ai vu les plans. Je sais qu'il va y avoir des terrains de basketball, un skate park. Ici, juste à côté de ma maison, ça devait être une bute pour glisser. » Le Chambly Express a tenté d'obtenir les plus récents plans du parc des Patriotes, mais la Ville a indiqué que ceux-ci n'ont pas encore été adoptés et qu'ils ne peuvent donc être divulgués.
Pétition
Bien que plusieurs dizaines de résidents du secteur aient signé une pétition pour que le projet de construction soit revu, il y a peu de chances qu'ils soient entendus, la vente des lots de la Ville s'étant effectuée dans les règles. Toutefois, au conseil municipal, mardi dernier, le maire Denis Lavoie a affirmé avoir contacté les promoteurs pour les inciter à revoir leur projet. « C'est sur une base consensuelle qu'ils ont accepté le sursis, parce qu'ils n'étaient pas obligés. Ce sont deux personnes de Chambly qui ont une conscience sociale », reconnaît-il.
Des responsables de l'urbanisme rencontreront donc les promoteurs afin de discuter des options possibles. Un processus qui pourrait être assez long. « On m'a dit que ça pourrait prendre trois mois. Je travaille dans la construction. Je sais comment ça marche. C'est possible d'aller dîner et d'en discuter. Et d'arriver à une entente qui convient aux deux parties », croit Jean-François De Blois.
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