Prévoir l'imprévisible
Le curateur public du Québec, Normand Jutras, lors de son passage à Marieville. Il est en compagnie de Maryse Lequin, curatrice déléguée, ainsi que Ginette Sanchez, directrice du Soutien à l'autonomie des personnes âgées en déficience physique au Centre d'hébergement Sainte-Croix.
« J'ai 30 ans. Je suis en pleine forme, mais je ne sais pas ce qui peut arriver. En signant le formulaire, je désigne tout de suite quelqu'un qui prendra soin de mes biens, s'il m'arrive quelque chose. »
Normand Jutras a été nommé curateur public du Québec le 7 mars dernier. Depuis, il parcourt la province et mène une vaste campagne de sensibilisation pour inciter les citoyens à signer un mandat en cas d'inaptitude. « Il arrive qu'une personne soit incapable de prendre soin de ses biens ou encore d'elle-même. Ce n'est pas nécessairement une personne âgée et seule. Ça peut être quelqu'un qui vient d'avoir un accident, un traumatisé crânien sévère ou encore une personne atteinte de maladie mentale », illustre-t-il.
« Si aucun proche ou parent ne peut gérer les biens et le patrimoine de cette personne, c'est le curateur public qui s'en occupe. Mais nous, on incite les gens à signer un mandat d'inaptitude avant que quelque chose se produise, parce que la personne qui devient inapte est alors beaucoup mieux servie. C'est un proche qui s'occupe d'elle. »
Souvent, c'est un membre de la famille qui accepte la charge d'être curateur, c'est-à-dire qu'il administre le patrimoine et les biens de la personne inapte, en payant ses factures, par exemple. Les mêmes taches incombent au curateur public lorsqu'aucun proche n'est disponible pour le faire.
Toutefois, en signant un mandat en cas d'inaptitude, une personne peut accélérer considérablement les démarches visant à lui trouver un curateur, lorsqu'elle devient inapte. « Quand une personne inapte a déjà signé un mandat, c'est plus simple parce qu'il est déjà convenu qu'une autre personne se chargera de ses biens. Sinon, on essaie de trouver un proche ou un membre de la famille qui veut s'acquitter de cette tâche et, quand on ne trouve personne, on intervient après un jugement de la Cour. »
Une tâche qui s'alourdit
Le rôle du curateur public au Québec devient de plus en plus important, alors que la population vieillit et que les mœurs changent. « On a de plus en plus de cas qui nous arrivent. Il y a quinze ans, on était surtout en charge de déficients intellectuels et de personnes âgées seules », raconte Normand Jutras. « Aujourd'hui, les familles sont plus petites et dispersées. Des fois, les enfants demeurent dans d'autres pays et ne peuvent prendre en charge leurs parents. Les personnes âgées ne sont plus nécessairement seules. »
Elles ne sont plus nécessairement seules, ni pauvres. « Avant, on voyait ceux qui vivaient sur leur pension de vieillesse ou sur l'aide sociale. Aujourd'hui, les personnes âgées sont de moins en moins pauvres. Il nous arrive des gens avec des patrimoines importants, qui ont des placements à la bourse, des immeubles à revenus, des obligations… On gère beaucoup plus d'argent et, parfois, des entreprises. En tout, on gère 400 M $. »
Signer le mandat
Les personnes qui souhaitent remplir un mandat en cas d'inaptitude peuvent le faire en ligne au www.curateur.gouv.qc.ca/mandat ou encore s'informer en composant le 1 800 363-9020.
En chiffres
- 36 % des Québécois ont signé un mandat d'inaptitude
- 650 personnes qui travaillent au curateur public
- 6587 personnes bénéficiant des services du curateur public en Montérégie
- 400 M $ gérés par le curateur public
Sources : Statistiques fournies par Me Normand Jutras et/ou disponibles sur le site du curateur public du Québec au www.curateur.gouv.qc.ca/cura/fr/curateur/statistiques.html
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